19/04/2009

L'amour d'une Maman

 

180409 (54)

Le visage du courage

 

Je sais à quoi le courage ressemble. J'ai vu son visage lors d'un voyage en avion il y a six ans. Il m'a fallu tout ce temps pour que je puisse enfin en parler sans pleurer.

 

Lorsque le vol L1011 quitta l'aéroport d'Orlando le vendredi de ce matin-là, nous formions un groupe plein de gaieté et d'énergie. Ce vol matinal accueillait surtout des gens d'affaires qui allaient à Atlanta pour un jour ou deux. Autour de moi se trouvaient donc plusieurs habitués des voyages d'affaires, tirés à quatre épingles et transportant des porte-documents en cuir qui en disaient long sur leur statut. Je m'installai confortablement pour lire quelques magazines en attendant d'arriver à Atlanta.

 

Tout de suite après le décollage, il était évident que quelque chose n'allait pas. Des secousses ébranlaient l'avion de toutes parts. Les voyageurs avertis que nous étions affichèrent un air entendu. Nous nous regardâmes les uns les autres en sachant très bien que nous avions déjà fait l'expérience de ces petits problèmes de turbulence. Lorsqu'on prend souvent l'avion, on finit par s'habituer à ce genre de choses, par devenir blasé.

 

Eh bien! croyez-moi, personne ne resta blasé longtemps. Quelques minutes après le décollage, l'avion se mit à descendre dangereusement pendant qu'une des ailes penchait vers l'avant. L'avion remonta un peu, mais cette brève ascension n'arrangea rien. Rien. Le pilote s'adressa alors aux passagers sur un ton grave.

 

«Nous éprouvons quelques difficultés», dit-il. «En ce moment, il semble que le train avant ne réponde plus. Nos indicateurs disent que le circuit hydraulique ne fonctionne pas non plus. Nous allons donc retourner à l'aéroport d'Orlando. Étant donné que le système hydraulique est hors d'usage, nous ne sommes pas certains que le train d'atterrissage se bloquera; les agents de bord vont donc vous préparer à un atterrissage cahoteux. Aussi, si vous regardez par les hublots, vous verrez que l'avion laisse sortir du carburant. C'est parce qu'il vaut mieux en avoir le moins possible dans les réservoirs lorsqu'on atterrit brusquement.»

 

En d'autres mots, nous allions nous écraser. Nous n'avions jamais rien vu d'aussi effrayant: des dizaines et des dizaines de litres de carburant s'échappaient des réservoirs en passant près de ma fenêtre. Les agents de bord nous aidèrent à nous installer de façon sécuritaire et rassurèrent les passagers qui étaient dans tous leurs états.

 

En regardant de nouveau les visages autour de moi, je fus stupéfait de voir à quel point leur expression avait changé. Plusieurs avaient manifestement peur. Même ceux qui avaient pris leur air le plus blasé avaient maintenant la face sombre et terreuse. Vraiment, leur visage était carrément gris, une chose que je n'avais jamais vue. Personne n'entrevoit la mort sans avoir peur, pensais-je. Tout le monde avait perdu son sang-froid.

 

Je commençai à chercher parmi les passagers quelqu'un qui avait peut-être réussi à garder ce calme que seul le véritable courage ou la foi inébranlable permet de maintenir en pareils instants. Je ne vis personne.

 

Puis, quelques rangées à ma gauche, j'entendis la voix douce et paisible d'une femme. Elle parlait d'un ton parfaitement normal et totalement dénué de tremblement ou de nervosité, un ton agréable et constant. Il fallait que je sache d'où provenait cette voix.

 

Partout autour de moi, des gens pleuraient. Beaucoup d'autres gémissaient ou hurlaient. Parmi les hommes, quelques-uns tentaient de garder leur sang-froid en s'accrochant aux appuie-bras et en serrant les dents, mais la peur était écrite sur leur front.

 

Ma foi m'empêchait de céder à l'hystérie, mais je n'aurais jamais pu parler aussi calmement et aussi aimablement que cette femme que j'entendais. Finalement, je la vis.

 

Au milieu de tout ce chaos, une mère parlait à son enfant, tout simplement. Dans la trentaine et d'allure tout à fait ordinaire, cette femme regardait intensément le visage de sa petite fille, qui devait avoir environ quatre ans. La fillette écoutait attentivement, comme si elle sentait l'importance des mots de sa mère. Grâce au regard intense de sa mère, elle ne semblait aucunement troublée par la panique qui envahissait l'avion.

 

J'eus soudain le souvenir d'une autre petite fille qui avait récemment survécu à un terrible accident d'avion. On avait raconté qu'elle avait survécu parce que sa mère avait attaché son propre corps sur le sien afin de la protéger. La mère mourut. Les journaux avaient ensuite relaté comment les psychologues avaient rencontré la petite fille à plusieurs reprises pour l'empêcher d'éprouver la culpabilité et la dévalorisation qui hantent souvent les survivants. Les psychologues lui avaient sans cesse répété qu'elle n'était pas responsable de la mort de sa mère. J'espérais que notre situation connaîtrait un dénouement différent.

 

J'essayai de saisir ce que la femme disait à son enfant. Il fallait absolument que j'entende ses paroles. J'en avais besoin.

 

Par miracle, en me penchant un peu plus, je pus distinguer ses paroles douces et rassurantes. Encore et encore, elle répétait: «Je t'aime tellement. Sais-tu vraiment que je t'aime plus que tout au monde?»

 

«Oui, maman», disait la petite fille.

 

«Quoi qu'il arrive, souviens-toi que je t'aimerai toujours. Et que tu es une bonne petite fille. Parfois, il se passe des choses dont tu n'es pas responsable. Tu resteras toujours une bonne petite fille et je t'aimerai toujours.»

 

Puis, la mère s'assit devant sa fille, attacha leur deux corps avec la ceinture et attendit que l'avion s'écrase.

 

Étonnamment, le train d'atterrissage tint bon et l'atterrissage ne fut pas la tragédie à laquelle nous nous attendions. En quelques secondes, le cauchemar était fini.

 

La voix que j'entendis ce jour-là n'avait pas bronchée, n'avait pas une seconde laissée passer de doute, avait gardée une imperturbabilité qui me paraissait impossible, tant moralement que physiquement. Au sein du groupe de gens d'affaires endurcis que nous formions, pas un seul n'aurait réussi à parler sans trembler. Seul un courage magnifique, soutenu par un amour encore plus magnifique, pouvait permettre à cette mère de tenir le coup et de ne pas succomber à la panique.

 

Cette femme reste pour moi une véritable héroïne, car pendant les quelques minutes de ce cauchemar, elle me permit de voir le vrai visage du courage.

 

 

Casey Hawley

 

 

19:54 Écrit par Pascal dans Nature | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

MERCI PASCAL merci venant de toi cela me touche beaucoup tu le sais j'avais quand même peur que de mettre ma propre image fasse prétentieux alors que je ne le suis pas du tout mais la vérité est telle dans mes yeux très très souvent on me dit que je parle avec et puis je n'ai rien trouvé d'autre
MERCI GROS BISOUS A LAURENCE LES GARCONS ET LE BEAU STANLEY
DANY ET LA PETITE DELHIA

Écrit par : naturemême | 20/04/2009

oufff quelle histoire !! :)
beau lundi magique Pascal
bisous

Écrit par : bio | 20/04/2009

hello Pascal Très belle histoire sur le courage d'une maman.
Les petits sont rentrés à l'école et finit la garde jusqu'au prochaines vacances.
J'espère que tout va bien chez toi
Douce et agréable journée ensoleillée
Gros bisous à toute le tribu lol
Papy

Écrit par : Freddy | 20/04/2009

Bonjour Pascal Une superbe histoire pleine d'émotions,
une belle complicité avec sa fille,avec
tout l'amour qu'elle porte pour elle.
un écrit où j'ai été trés émue de le lire..
Bon début de semaine,Pascal,
Bisous de Mimi.

Écrit par : Mimi du Sud | 20/04/2009

Bonjour Pascal, Une superbe histoire très émouvante. Bonne journée, A+.

Écrit par : tede | 20/04/2009

Les commentaires sont fermés.